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jeudi 25 novembre 2010

L´Europe ou rien?

Acte III, l´Europe ou rien?

Oui, c´est bien l´Europe qui est en danger et les faiblesses qui sont les siennes sont attaquées sans répit.

Nous avions entendu il y a un peu moins d´un an des discours sur les risques des PIGS et même des PIIGS. Personne n´osait trop vraiment y croire, tellement l´affaire paraissait grosse… Une telle caricature ne pouvait pas avoir une base cartésienne. ..

Et pourtant il y a 6 mois fin avril, la Grèce était obligée de demander le soutien des autres pays européens faute de pouvoir se financer à des taux d´intérêts décents.

Les marchés avaient alors compris l´absence de pouvoir de la banque européenne comparée aux autres banques fédérales anglo-saxonnes en matière de rachat de dettes souveraines.

Solidarité européenne jouant, la Grèce est sauvée de la faillite. L´Union Européenne se dote alors d´une boîte à outils en cas de crise dont le plus emblématique élément est le fonds de soutien aux autres pays de la zone Euro de 750 Milliards de €.

Le système est sauvé se dit-on, l´Euro rebondit violemment et les allemands se disent que peut-être ils ne paieront pas les excès des pays du « Club-Med », suivant une expression que des politiciens ont tenu.

Las, l´onomatopée cochonne semble néanmoins résister et ne fait plus rire personne. L´Irlande, en deux fois moins de temps que n´a duré la crise grecque, tombe elle aussi à son tour. Ce pays de 4 Millions d´habitants obtient 90 Milliards d´Euros, presque autant que la Grèce (110 Milliards) pour ses 11 Millions d´habitants. Cela représente 20 000 Euros par actif ou encore plus de 30 000 Euros par foyer.

Les conjectures les pires sont exprimées par les plus ardents protecteurs de notre monnaie :

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, s'est quant à lui montré plus direct, estimant que l'existence même de la monnaie unique était en péril avec la crise de la dette dans la zone euro. Noircissant le tableau, il a par ailleurs averti que si les Etats membres de l'UE étaient « incapables de la défendre ensemble sur la longue durée, les conséquences économiques et sociales seront incalculables ».

Ce tableau catastrophique confirme toutes les anticipations en cours, le Portugal n´a guère de chance d´échapper également à la curée en cours. Alors la question est jusqu´où ? Quel sera le pays suivant, quel sera celui qui résistera ?

D´ores et déjà, le prix de la dette portugaise flambe à plus de 400 points de base comparé à l´Allemagne.

















Et l´Espagne suit avec un différentiel de désormais plus de 220 points de base.



Alors jusqu´où la contagion ?

Seul un redressement rapide de l´économie de ces pays pourrait les sauver. La hausse PIB espagnol est hélas nulle % pour le 3ème trimestre 2010 tandis que le Portugal croît de +0,4%.

Handelsblatt titrait le 15 novembre 2010 un article « Der Spanische Patient ». Le titre est déjà tout un programme…




Jean Claude Juncker, l´influent Premier Ministre Luxembourgeois, vient de proclamer que le Portugal « n´avait pas un besoin immédiat …». C´est en soi un déjà dire que le pays sera le prochain sur la liste des Etats soutenus….

Alors que faire pour endiguer la vague de méfiance ?

La rigueur est aujourd´hui clairement la solution pour tous les pays européens et contrairement aux choix dépensiers américains qui se poursuivent, ils semblent que sous la pression des marchés l´ensemble des dirigeants soient en train de l´imposer à leurs citoyens.

N´est-ce pas un paradoxe de voir nos dirigeants tempêter contrer les spéculateurs et finalement se voir dicter des positions de sagesse et de rigueur budgétaire par ces soi-disants papes de l´avidité financière ?

N´est-ce pas là également la voie de survie de l´Europe, le courage de la rigueur dictée par les marchés ? Chemin en son temps déjà suivi par la France et organisé par Jean Claude Trichet en tant que Gouverneur de la Banque de France ...

L´histoire ne se répète jamais mais nos dirigeants ont pour la première fois la chance de prendre des décisions courageuses –repoussées depuis plusieurs décennies- pour l´avenir de leur pays respectifs et cela grâce encore une fois à l´Union Européenne.

Reste le plus dur, refermer aussi vite que possible la boite ouverte des accords de Lisbonne tout en évitant entre temps d´avoir à sauver plus de deux pays. Des dégâts, il y en aura mais cela pourrait bien être in fine la revanche d´un Euro apparemment faible redevenu fort...

Benoît

lundi 15 novembre 2010

La boite de pandore est ouverte !

Acte II, la domination américaine en jeu.

Le cinéma américain était donc d´actualité à Deauville, et la fiction rejoignant souvent la réalité, les Etats-Unis nous rappellent leur domination à tous les niveaux…

Le Leadership financier et économique US est entier depuis la fin de convertibilité du dollar en or décidé en mars 1971 unilatéralement par les Etats-Unis.

« The dollar is our money but your problem » aurait dit John Snow ancien Secrétaire d´Etat au trésor américain. C´est le symbole même de la toute puissance américaine.

En clair, nous exportons nos problèmes, à vous de les résoudre.

Cette libéralisation a pour première conséquence d´engendrer une hausse vertigineuse de la masse monétaire du dollar dans le monde. Les bulles boursières se sont succédées aux bulles de crédit puis aux bulles immobilières. Et à chaque crise, la même réponse, toujours plus de masse monétaire.

Cliquer pour agrandir

http://www.sacra-moneta.com/Crise-financiere/L-Amerique-vers-l-hyperinflation.html

Ben Bernanke avait dit avant d´être Président de la Fed en substance que si une crise financière arrivait il n’hésiterait pas au besoin à jeter l´argent par hélicoptère pour sauver le système.
C´est la stratégie choisie par Ben Bernanke la semaine passée en annonçant racheter 600 Milliards d´obligations du trésor porté par le bilan de Federal Reserve. Plutôt que d´attendre que les étrangers achetent ou non de la dette américaine, il préfère lui-même l´acheter et augmenter ainsi la masse monétaire. La valeur du bilan de la banque centrale avait déjà augmentée de près de 2 000 Milliards de $ en deux ans, il en rajoute encore 600 M$ mais sans contrepartie cette fois-ci à l´actif autre que la confiance. On se demande comment cela est-ce possible ?



Cliquer pour agrandir


http://auxinfosdunain.blogspot.com/2010/10/bilan-de-la-fed.html

A trop de dette, un seul remède, encore un peu plus de dette.

C´est d´ailleurs Jean Claude Juncker qui a tenu ces propos la semaine passée « la décision de la Fed de combattre la dette par la dette est une erreur ». Jusqu´où peut aller cette fuite en avant ?

Un retour rapide sur l´histoire nous apprend que tous les pays ayant tenté cette politique expansionniste monétaire ont raté leur pari.

Le jour où les porteurs d´obligations n´ont plus confiance, ils fuiront. C´est ce qui est arrivé aux porteurs d´assignats en France en 1788 et permit de réunir les conditions de la révolution française. Mais c´est également ce qui est arrivé dans l´Empire Romain quand les finances de l´Empire n´ont plus suffi pour payer les mercenaires défendant l´empire Romain.

Cette inflation monétaire ne peut donc qu´entraîner à terme une inflation des actifs puis une inflation des biens et services et enfin une dévaluation de la monnaie.


Le livre d´Emmanuel Todd « Après l´empire » indique comment les Etats-Unis luttent contre leur marginalisation au sein du monde. D´abord militaire, leur lutte est également économique. Les échecs militaires et économiques de ces deux dernières années mettent en difficulté l´hégémonie des Etats-Unis. La résistance chinoise à Seoul au sommet du G20 sur les questions monétaires montre bien la puissance des enjeux de pouvoir en négociation.

Et n´oublions pas que la puissance monétaire n´est jamais loin de la puissance militaire...
Tiens, depuis 2009 il y a désormais plus de bateaux de guerre chinois que de bateaux américains sur les mers du globe !

Cette évolution sera peut-être longue mais inéluctable.

Mais dans un premier temps, la vedette américaine pourrait bien être volée par son voisin européen qui lui aussi aime bien les tragédies.

Benoît

lundi 8 novembre 2010

Attention zone de turbulences en vue!

Trois évènements majeurs sont en train de perturber la zone Euro et pourraient occasionner des dégâts encore plus sévères que la précédente crise de début mai.

Tout d´abord acte I, politique bien sûr.

La danse de séduction de la cigale française représentée par notre ami Nicolas Sarkozy a pleinement réussi. Il faut dire que Monsieur Sarkozy avait bien choisi son lieu pour mener son numéro de charme: Deauville (18/10/2010), ses plages sans fin et son non moins fameux festival du cinéma américain. Le story board consiste dans la renégociation du traité de Lisbonne. L´accord envisagé a en tout cas toutes les caractéristiques pour tenir en haleine la zone euro pour les prochaines années.

En échange de la fin des sanctions automatiques pour les pays laxistes, souhait de Nicolas Sarkozy, ce dernier accepte une renégociation de l ´accord de Lisbonne permettant une possible suppression des droits de vote des pays non respectueux. Les sanctions pourraient même être financièrement renforcées et une participation du privé au soutien de la restructuration de la dette des pays trop endettée serait envisagée suivant le souhait de Madame Merkel.

Outre l´impression pour les autres pays européens d´avoir été exclu de de cette discussion, c´est ni plus ni moins une remise en cause des fragiles équilibres précédemment trouvés.

En atteste ainsi les extraits internationaux repris par le journal Le Monde le 29.10.2010 :
El Mundo : La coutume des sommets des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne, en particulier dans l'Union à 27, c'est que quand il n'y a pas de crise, on en invente une".
Financial Times, "ce dernier imbroglio entre la France et l'Allemagne représente un pari risqué".

Les Néerlandais et les Scandinaves sont ainsi en colère contre la "magouille franco-allemande", note le Guardian, de même que José Manuel Barroso. "Je n'aime pas ce que je vois. C'est très dangereux", avait de son côté confié Viviane Reding au quotidien. "Ce devrait être une discussion à 27 et non le diktat de deux membres." La commissaire européenne a par ailleurs qualifié la révision du traité d'inutile (L'Essentiel) : "Ce serait irresponsable, je le répète, d'ouvrir la boîte de Pandore", a-t-elle martelé, rappelant "qu'il avait fallu dix ans pour arriver au traité" de Lisbonne. Elle a été soutenue par le premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, le ministre des affaires étrangères du Grand Duché, Jean Asselborn, et d'autres pays de l'UE, comme la République tchèque. Jean Asselborn a ainsi qualifié la proposition franco-allemande de "poison pour l'Europe" dans les colonnes du quotidien économique Handelsblatt.

Finalement, Angela Merkel si elle n´obtint pas l´accord des 27 pour supprimer les droits de vote des membres non respectueux - l´Irlande et la Grèce en premier- parvint à conserver un consensus sur une base de révision minimale du traité. A noter au passage la fin d´une exception en Europe, la croissance des budgets de l´Union Européenne qui, à la demande des anglais, ne pourra plus augmenter comme précédemment.

Bref, terrible aveu de faiblessse européen que ce vaudeville entamé sur les terres du cinéma américain ! Jean Claude Trichet a d´ailleurs également mis en garde les dirigeants européens sur ce jeu pour le moins risqué. D´autant plus que désormais cet accord doit être retranscris dans le cadre d´un amendement officiel du traité dont on sait combien il fut difficile de le faire voter en particulier sur les terres du pays au trèfle à quatre feuilles….

Benoît

mardi 21 septembre 2010

Attention au réveil de fête!

Berlin prévoit un coup de frein à la croissance

Par Patrick Saint-Paul
http://www.lefigaro.fr/

20/09/2010
Les exportations vers les États-Unis sont en berne. Les commandes à l'industrie ralentissent.

Les Allemands se sont offert un été de rêves. Après les exploits de la Mannschaft au mondial, ils se sont enthousiasmés pour le «miracle économique» allemand, leur pays étant sorti de la crise à un rythme record. Cependant, la reprise de l'économie allemande devrait ralentir sensiblement d'ici à la fin de l'année, pénalisée entre autre par la détérioration de la situation de plusieurs de ses grands partenaires commerciaux, a déclaré lundi le ministère des Finances dans son rapport mensuel.

«La reprise va probablement se poursuivre jusqu'à la fin de l'année mais à un rythme nettement inférieur, souligne-t-il. L'économie allemande a débuté le troisième trimestre sur une note prudente.» Si les exportations vers la Chine, sont restées stables, celles à destination des États-Unis subissent un coup de froid depuis plusieurs semaines. Les économistes continuent cependant de tabler sur une croissance proche de 3% en 2010 et de 2% en 2011.

Demande intérieure

Après avoir subi l'an dernier une récession de 4,7%, la plus violente depuis la Seconde Guerre mondiale, la première économie d'Europe a vivement rebondi, affichant au deuxième trimestre une croissance de 2,2%, sa meilleure performance depuis la réunification de 1990.

Cependant plusieurs indicateurs montrent que la croissance pourrait déjà avoir passé son point haut. Bien que les carnets de commandes soient encore remplis pour plusieurs mois, les commandes à l'industrie ont par exemple subi en juillet leur baisse la plus marquée depuis plus d'un an et l'indice ZEW de confiance des investisseurs a reculé en septembre au plus bas depuis février 2009.

Pour compenser ce ralentissement du commerce extérieur, le ministère des Finances mise sur une augmentation de la demande intérieure. Le chômage est en baisse. Les constructeurs automobiles se plaignent même d'une pénurie de main-d'œuvre.


Les consommateurs allemands, généralement plus enclins à épargner qu'à dépenser, ont déjà contribué positivement à la forte croissance du deuxième trimestre. Les recettes fiscales ont augmenté de 3,6% en août par rapport au même mois de l'an dernier, à environ 35,1 milliards d'euros.


Publié par Benoît

dimanche 15 août 2010

Fin d'été sous haute tension

Plusieurs indices et notamment le plus célèbre d’entre eux le Dow Jones présentent actuellement une configuration graphique très connu dans les livres d’Analyse Technique, à savoir une épaule-tête-épaule.
La configuration a lieu sur une échelle de temps moyen terme puisqu’il s’agit de l’unité de temps (UT) hebdomadaire. Je vous propose donc de voir cette figure chartiste sur le Dow Jones et de regarder de plus près les autres classes d’actifs afin de déterminer la dynamique actuelle du marché et de vérifier les points de cohérence avec ce que l’on attend de cette figure en ETE.

DOW JONES UT hebdomadaire
On constate sur le graphique du Dow Jones la présence d’une 1ère épaule bien accompagné dans sa tendance haussière par une augmentation du volume. La construction de la tête s’est faite également avec une hausse du volume caractéristique d’un mouvement de marché puissant. Par contre la montée de la 2ème épaule se réalise dans une stagnation voire une baisse du volume  et s’ensuit la baisse du marché que nous vivons ces jours-ci. Pour la beauté de la figure, j’ai mis celle du Dow Jones car c’est sur cet indice qu’elle est le plus réussi, digne d’un manuel d’analyse technique. L’ETE faite sur la plupart des autres indices US et occidentaux montre une 2ème épaule un peu plus basse que la 1ère symbolisant vraiment le manque de force des marchés  le tout accompagné d’une baisse en volume.
Enfin on notera la nette divergence baissière sur le RSI et le MACD annonciatrice bien souvent d'une baisse à venir.

Je vous avais parlé il y a quelques semaines du croisement en cours des moyennes mobiles exponentielles 13 et 34 en UT hebdomadaire. Statistiquement ces valeurs se sont révélées assez fiables  dans le temps mais on aurait pu prendre tout aussi bien deux autres moyennes mobiles du moment que l’on ait une MM courte et une MM longue et que l’on observe leur croisement. Par exemple il a été observé en UT hebdo que la MM exponentielle 20 s’accorde bien avec la MM 55.

Croisement des MM 20 et 55 sur indices européens

Sur le graphique ci-dessus ou l’on retrouve 4 indices européens (Dax, Cac, Ibex, Psi) sur les 10 dernières années, le croisement de ces 2 MM a toujours donné l’orientation du marché à venir sur des durées de 2 à 5 ans. Mis à part sur le Dax où pour l’instant ces 2 MM ne se sont pas croisées, tous les autres indices ont ces dernières semaines subi le croisement de ces MM. Ce simple fait technique laisse augurer d’une tendance négative sur les bourses dans les années à venir.

CAC 40 croisement MM 20 et 55

En élargissant la période étudiée sur le CAC  40 depuis sa création en 1987, on remarque que mis à part au début des années 90 où l’indice était sans tendance, le croisement des ces 2 MM n’a pas donné de faux signaux.


  • Voyons désormais différentes classes d’actifs afin d’essayer d’en tirer des conclusions quant à la tendance future du marché.


La volatilité: le VIX
En vue hebdomadaire, le VIX réalise cette semaine une grande bougie haussière que l’on retrouve dans les précédents débuts de vagues de baisse. L’idée ici étant de chercher à ce que le VIX dans cette UT réalise un creux assez marqué (comme représenté dans les carrés bleus) sur lequel il trouve un support et puisse engager une nouvelle jambe de hausse sur plusieurs semaines. Néanmoins sur la configuration actuelle du Vix, on pourrait imaginer 1 à 2 semaines supplémentaires dans le carré bleu de façon à ce que le creux soit bien dessiné.

VIX UT Hebdo

Il n’est donc pas impossible comme on peut le voir en vue daily dans le graphique suivant que le Vix redescende un peu avant de repartir à la hausse. Techniquement le gap laissé il y a 3 jours ainsi que le contact avec la bande de bollinger supérieure pourrait laisser augurer d’une baisse du Vix sur les jours à venir et permettre un retour dans le milieu du canal tout en comblant le gap. Ce serait alors certainement une situation favorable à une prise de position short sur les actions.


VIX UT daily

Forex: les devises
Sur la semaine écoulée, on remarque sur de nombreuses paires de devises un chandelier en forme d’englobante  baissière caractéristique d’un mouvement baissier à venir. L’englobante baissière de part sa taille avale entre une et plusieurs bougies précédentes signe de force du mouvement.


NZD/JPY, EUR/YEN, AUD/USD, EUR/USD

L’idée ici étant de montrer (graphiques du haut de l’image ci contre) la force du yen actuellement face à toutes les devises. Face à des des monnaies à forts rendements (5-6%) comme le dollar australien ou néo-zélandais (NZD/YEN, AUD/YEN), le yen se renforce signe que les investisseurs cherchent à tout prix la sécurité quitte à avoir des rendements nuls.

L’EUR/YEN après avoir réalisé un avalement baissier des 5 semaines précédentes vient de finir la semaine sur le niveau du support de cette paire qui tient depuis début mai. Nul doute que ce support devrait casser sous peu entrainant encore un peu plus le renforcement de la devise japonaise et les marchés actions à la baisse. Le Nikkei semble en mauvaise posture, il revient tester pour la 4ème fois son support et pourrait le franchir sous peu, la difficulté des exportations japonaises dû à un yen élévé n'y étant pas indifférente.

De manière un peu similaire, on notera la force du dollar cette semaine face à de nombreuses devises et particulièrement face à l’euro (très grande bougie en forme d’avalement baissier). C’est ici un peu la même logique, bien que le dollar offre un rendement nul aux investisseurs, il est synonyme de sécurité et suffit à faire revenir les investisseurs à lui.


Matières premières:
L’indice le plus représentatif du secteur des matières premières est certainement le CRB Reuters/Jefferies Index. Wikipedia nous explique que l'indice agrégeait initialement 28 matières premières, dont 26 étaient échangées sur les marchés d'échange de matières premières américains et canadiens, et 2 sur des marchés spot. Il est aujourd’hui  composé des prix de 19 matières premières cotées sur les marchés d'échange NYMEX, LME et CME.

CRB Reuters Jefferies Index UT hebdo

Sur le graphique hebdo ci-dessus de l’indice, on observe que depuis janvier 2010, les plus hauts sont de plus en plus bas et que les prix sont inscrits dans un biseau ascendant depuis 2009 dont la probabilité d’une cassure par le bas devient forte suite à la grande bougie baissière de la semaine écoulée. Les 3-4 semaines à venir devraient nous donner une indication intéressante sur le niveau de prix des matières premières à venir sur un horizon moyen/long terme, la cassure par le bas de ce biseau augurant d’un marché baissier.


Fixed Income: les taux
Je mentionnais dans mon dernier post du 7 août l’importance de la cassure du support sur lequel  le taux 10 ans US prenait appui depuis un mois. On notera dans le graphique ci- contre que cette cassure à entrainé une forte baisse du 10 ans dans le courant de la semaine écoulée passant de 2.9% à 2.67%.

USA taux 10 ans UT daily

Encore plus marquant, ce taux long US est passé d’un rendement de 4% début avril 2010 à 2.67% aujourd’hui, quand on sait que ce sont les marchés qui décident des taux longs et non les banques centrales (Fed, BCE…) comme pour les taux courts, on ne peut pas dire que les marchés anticipent une forte inflation. C’est donc toujours le flight to safety qui règne chez les investisseurs.
GRECE Taux 10 ans
A contrario, les investisseurs demandent des rendements toujours plus importants sur les pays « fragiles » tels que la grèce puisque le 10 ans grec n’a quasiment pas baissé et repart même depuis quelques jours à la hausse (voir graphique). Les spreads obligataires entre les US ou l’allemagne et les pays fragiles continuant de s’accroitre. On notera tout de même une détente sur les taux de certains pays de la communauté « PIGS » comme l’Espagne ces dernières semaines.


CDS: Credit Default Swaps
Enfin les spreads sur Credit Default Swaps des PIGS repartent à la hausse ces derniers jours comme nous le montre le graphique ci-dessous publié par le site businessinsider.
Il semblerait donc que même si cela n’est pas flagrant à ce jour (14 août), la crise des pays de la zone euro pourrait repartir comme il y a quelques mois.


CDS PIGS

Pour rappel, les dérivés sur événement de crédit ou couvertures de défaillance ou en anglais Credit Default Swaps (CDS) sont des contrats de protection financière entre acheteurs et vendeurs. L’acheteur de protection verse une prime annuelle calculée sur le montant notionnel de l’actif (souvent dit de référence ou sous-jacent), au vendeur de protection qui promet de compenser ex post les pertes de l’actif de référence en cas d’événement de crédit précisé dans le contrat. C’est donc, sur le plan des flux financiers, comme un contrat d’assurance.


Conclusion :

Les différents actifs étudiés montrent une forte appréhension des  investisseurs pour le risque que ce soit sur les devises ou les CDS. Le retour à la sécurité vers les obligations américaines ou allemandes ainsi que la baisse des prix des matières premières depuis maintenant 8 mois laissent augurer d'une évolution déflationniste.
Ces diverses classes d’actifs laissent ainsi à penser que l’épaule-tête-épaule en fin de formation sur les principaux marchés actions devrait se concrétiser dans les semaines à venir laissant la place à un marché baissier pouvant être de longue durée comme semble l’indiquer le récent croisement des moyennes mobiles en UT hebdomadaire sur de nombreux indices.

Lionel

vendredi 16 juillet 2010

L'ECRI continue de plonger:-9.8%, signal d'entrée en récession

Je vous avais parlé il y a quelques semaines de l'ECRI qui est un indicateur économique avancé publié par l'organisme du même nom (Economic Cycle Research Institute).

Basé sur un historique de 42 ans celui ci a toujours prévu de manière juste une entrée en récession lorsque cet indicateur atteint le niveau de -10%. Or nous y sommes depuis la publication hebdomadaire parue aujourd'hui, l'ECRI a atteint -9.8%, signe à priori d'une prochaine récession.

Mais comme toujours, l'officialisation d'une entrée en récession n'est connue que de nombreux mois après son début...


Vue ECRI sur 20 ans:


Lionel

Source: blog de Zerohedge

mardi 13 juillet 2010

Dire qu’une politique de rigueur peut casser la croissance, est une légende : démonstration

Chers tous,


Je vous joins une contribution d' un économiste au débat sur la rigueur. Je souscris à ces propos.
Bonne lecture.
Benoit.



Dire qu’une politique de rigueur peut casser la croissance, est une légende : démonstration

Les médias, les économistes "bien en cour", et certains politiciens nous affirment que "l'excès de rigueur des gouvernements européens pourrait casser la reprise naissante". Joseph Stiglitz (stimulitz ?), celui qui affirmait que Fannie Mae ne pouvait pas faire faillite, ou un certain Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, mènent la chorale anti-austérité, et sont cités, repris, interprétés et souvent soutenus par tout ce que la presse compte d'étatistes complaisants. L'ancien patron de l'université d'Harvard, aujourd'hui conseiller de Barack Obama, Lawrence Summers, réclame un second stimulus. Tim Geithner, le secrétaire au trésor (stimulator ?), qui n'a pas peur du ridicule, vient faire la leçon aux Européens pour leur dire de surtout ne pas casser la "croissance" (laquelle ?) et d'envisager une reprise des politiques de stimulation...


Pour cette école économique néo-keynesienne, "stimuliste", hors de la dépense publique, point de salut ! Mais que vaut cette conjecture ? La rigueur publique serait-elle l'ennemie jurée de la croissance ?


Quelques indices qui permettent de douter

Avant d'aborder le fond de ces questions, commençons par un coup bas -il faut savoir rendre les coups que les étatistes ne se privent pas de nous distribuer-, en constatant que ce sont ces mêmes personnes qui affirmaient que sans le premier plan de stimulation de l'économie, celle ci s'arrêterait et que le chômage exploserait. Hélas pour eux comme pour les autres, le résultat de leur "stimulation" n'a pas été tout à fait celui qu'ils attendaient :


Bien sûr, "ils" rétorqueront que la prévision initiale était sans doute trop optimiste et que "sans leur stimulus, tout aurait été bien pire", mais tout de même, un tel fourvoiement de leurs modèles devrait les inciter à plus de modestie et peut à quelques remises en question...

De surcroit, on pourrait gloser à l'infini sur ce que ces gens appellent une "reprise naissante", et juste rappeler qu'en l'absence d'annonce de politiques de rigueur par la plupart des grandes économies, la perte de confiance des épargnants du monde entier dans certaines dettes souveraines aurait déjà envoyé par le fond la Grèce, et serait en train de découper la coque des autres paquebots bien vermoulus de la vieille Europe, qui sont d'ailleurs bien loin d'avoir atteint un port à l'abri des tempêtes, et je doute que cette perspective ne soit un facteur de mise en confiance des agents économiques, indispensable pour perpétuer la "reprise naissante".

Mais foin de sarcasmes, et examinons au fond pourquoi l'affirmation selon laquelle la mise au régime sec des états casserait la croissance est une contre vérité.

L'argent public ne pousse pas sur les arbres

L'argent que les états dépensent provient -en temps normaux- soit de l'impôt, soit de l'épargne que les investisseurs acceptent de leur prêter. Sachant que les déficits sont aujourd'hui ce qu'ils sont, une réduction de la dépense publique permettra de redéployer une partie de l'épargne aujourd'hui investie en dette souveraine vers d'autres placements émis par des entreprises privées.

Notez que je n'envisage pas aujourd'hui l'hypothèse d'une baisse des impôts, au sens des produits fiscaux. Non pas que des réformes fiscales de très grande ampleur ne seraient pas souhaitables dans les pays en grave difficulté financière, mais il n'est que peu envisageable, aujourd'hui, d'abaisser significativement le produit fiscal issu de ces réformes, tant que les déficits seront ce qu'ils sont.

Certains économistes, d'inspiration keynesienne, ont de l'épargne une vision négative. Ils semblent penser que "si les gens épargnent, ils ne consomment pas", et qu'il vaut mieux que l'état siphonne cette épargne, qui, selon eux, serait comme morte, pour arroser l'économie en dépensant, dépensant, dépensant. Avec l'économie Bisounours, tout devient simple...

Naturellement, cette affirmation ne résiste ni à l'analyse, ni à l'observation. Car lorsque l'épargnant investit dans une entreprise, que ce soit en lui prêtant, en investissant dans une action existante ou en participant à une augmentation de capital, son argent change de mains, et celui qui reçoit l'argent va lui même soit dépenser, soit acheter des machines à un fournisseur qui lui même, paiera des salariés qui à leur tour, consommeront, et ainsi de suite.



Bref, l'épargne n'est que de la consommation légèrement différée. Mais lorsqu'elle est dirigée vers des acteurs économiques capable de l'utiliser pour améliorer soit leur productivité, soit le spectre des offres possibles, créant de nouveaux marchés, alors ces progrès de l'offre améliorent tout à fait considérablement le pouvoir d'achat de l'ensemble des agents économiques.

En contrepartie, si tout l'argent qui serait allé à ces investissements était siphonné par l'état, dont la capacité d'amélioration de la productivité est faible -la sienne comme celle du secteur privé- et dont les investissements, anémiques, se révèlent de surcroit fréquemment peu inspirés (un exemple), alors ce mouvement sain d'amélioration continue des offres serait brisé.

Et voilà pourquoi il faut au contraire que les états rendent un maximum d'argent à l'économie privée. Pourtant, aujourd'hui, tant les politiques d'aspiration de l'épargne par la dette publique que les menaces de hausses d'impôts marginaux sur les revenus et la formation de capital tendent au contraire à empêcher cette économie privée de faire les investissements nécessaires pour améliorer son offre. La "wealth machine" de nos sociétés est étouffée par l'excès de dépense publique.


Objections courantes

A ces arguments de bon sens, que nous répondent les enfants spirituels de Lord Keynes ?

"Oui, mais dans un climat de peur, les gens achèteront de l'or, et ce ne sera pas un investissement productif".

Pardon, mais le vendeur d'or, lui, fera quelque chose de la monnaie qu'il recevra en échange de l'or dont il se séparera. L'objection est donc rejetée d'un revers de manche. La seule épargne totalement improductive, c'est celle qui dort en billets sous un matelas. Même un compte en banque un peu trop garni "travaille", réserve fractionnaire oblige. Vous en connaissez beaucoup, vous, des vieilles dames qui dorment sur des matelas de pascals ?

"Oui, mais si l'état dépense moins, il va créer du chômage en licenciant des fonctionnaires et en réduisant les achats du public vers le privé"

Certes, mais de toute façon, le jour d'une mise en défaut de paiement, toute entité licencie et cesse de contracter avec des fournisseurs. Bien sûr, l'état pourrait ne pas licencier et arrêter de payer ses fonctionnaires, ce qui reviendrait au même, financièrement parlant. C'est d'ailleurs le chômage partiel des fonctionnaires que plusieurs états fédérés des USA ont choisi pour tenter de rétablir leur équilibre budgétaire.

Les emplois privés créés par l'investissement privés seraient à terme plus nombreux et plus soutenables que les mêmes emplois publics financés par le sur-endettement, puisque beaucoup plus productifs.

Mais cette médaille a un revers : comme l'épargne est de la consommation différée, les emplois nécessaires à la satisfaction de ces besoins seraient créés avec un léger retard par rapport aux emplois détruits dans la fonction publique et dans les sociétés dépendant de leurs contrats avec le secteur public, principalement dans le BTP ou l'armement.

Et cela, cela signifie de grosses difficultés politiques à court terme, pour un redressement à long terme que les citoyens électeurs ne croiront pas nécessairement. Ces difficultés, les politiciens n'ont que rarement le courage de les affronter.

Quelques éléments empiriques supportant la thèse anti-stimulus

Le sceptique de passage me rétorquera que : "Tout cela, c'est de la théorie, cher monsieur, et en quoi pouvez vous affirmer que les vôtres sont supérieures à celles de MM. Stiglitz ou Blanchard, qui ont des références que vous n'avez pas ?"

Et d'ajouter : "Mais pouvez vous nier que les chiffres de reprise aux USA sont tout de même bien réels" ? Après tout, on parle de rythmes annuels supérieurs à 3%... N'est-ce pas la preuve que le Stimulus n'aurait pas quelques effets positifs ?"

Tout d'abord, rien ne permettra de savoir quelle aurait été la réaction de l'économie à l'absence de stimulus, ni d'établir le sens et l'ampleur de la causalité entre stimulus et croissance mesurée. Mais au delà de mes doutes sur la durabilité de cette reprise, analysons plus en détail la reprise en question : si l'on regarde les chiffres de croissance état par état (voir la carte interactive du BEA) aux USA, on constate que cette croissance se produit essentiellement dans les états de la middle America, ceux qui taxent le moins l'économie locale. Comment les thuriféraires du mieux disant dépensier public justifient-ils que si l'on découpe le territoire américain en entité plus fines, la carte de la reprise ne soit pas la même que celle des dépenses publiques marginalement les plus élevées ?

Plus précisément, depuis 2008, plus de 50% des emplois nouvellement créés aux USA l'ont été au Texas, état classé le plus "business friendly" par les chefs d'entreprises. Certaines sources évoquent même 70%, mais je n'ai pas pu remonter aux chiffres officiels soutenant cette assertion. Mais même 50% reste un chiffre très significatif, pour un état qui ne représente "que" 8% de la population de l'union. Or, le Texas est l'état ou le gouvernement local rajoute la plus faible couche d'impôts locaux aux charges fédérales.

"Mieux" encore, si je puis dire. Une étude récente (PDF, bonne synthèse HTML) de la Harvard Business School et du National Bureau of Economic Research (NBER) montre que lorsqu'un politicien d'un état devient président d'une grande commission sénatoriale (une de celle qui a de grosses enveloppes de subventions discrétionnaires à attribuer, "pork barrel" spending, en argot local), alors, sans surprise, l'état d'origine voit les subventions du congrès se déverser en plus grande quantité dans ses coffres, de 20% (pour une commission de la chambre des représentants) à 50% (présidence d'une commission sénatoriale). Rien de nouveau, nous connaissons ce phénomène.

Mais alors se produit un phénomène que les néo-Keynesiens devraient là aussi peiner à justifier : Durant la période où l'édile reste en charge de la grosse commission, les entreprises tendent à réduire leur investissement de 15% ! C'est d'autant plus étonnant que ce stimulus là, uniquement constitué de subventions fédérales, ne modifie pas les prélèvements locaux, toutes choses égales par ailleurs.


Les interprétations de ce résultat sont multiples*, mais la principale hypothèse des auteurs (Cohen, Coval et Malloy) est que le "stimulus" ponctuel crée un appel d'air pour des dépenses locales publiques tout à coup devenues finançables, et que ces dépenses publiques provoquent une éviction de l'investissement privé simplement parce que la demande de certains postes d'investissement étant artificiellement augmentée, les prix font de même d'autant, rendant les investissements privés moins rentables. En outre, les secteurs non subventionnés tendent réduire leurs ventes, puisque leur offre est en compétition avec des secteurs subventionnés pour conquérir le portefeuille de la ménagère. Par conséquent, tant les secteurs subventionnés (parce qu'ils ont de l'argent qui tombe du ciel) que les secteurs qui ne le sont pas (parce que leur clientèle leur est volée par les subventions qui vont ailleurs) ont moins d'incitation à former du capital par leurs propres moyens.

Or, l'investissement privé, malgré les inévitables erreurs de jugement que les agents économiques font parfois, est globalement bien plus producteur de richesse sur le long terme que la dépense publique.

Pis même, de nombreux programmes d'investissement publics, mal gérés, engendrent par la suite des frais de fonctionnement élevés qui conduisent les villes et états à relever leurs taxes simplement pour pouvoir les faire tourner. Le résultat est qu'une fois que l'élu quitte la présidence de sa commission, alors que le flux d'argent public de Washington retrouve des valeurs "médianes", l'investissement privé ne retrouve son niveau d'origine qu'avec un décalage dans le temps.


La conclusion empirique de Cohen, Coval et Malloy est claire, et je la résume ainsi : "Les données disponibles montre que l'arrosage d'argent public ne stimule pas le développement du secteur privé par l'investissement". Voici leur conclusion en V.O :


This paper provides a new empirical approach for identifying the impact of government spending on the private sector. Using changes in congressional committee chairmanship as a source of exogenous variation in state-level federal expenditures, we find that fiscal spending shocks appear to significantly dampen corporate sector investment activity. Specifically, we find statistically and economically significant evidence that firms respond to government spending shocks by :


i.) reducing investments in new capital,

ii.) reducing investments in R&D, and

iii.) paying out more to shareholders in the face of this reduced investment opportunity set.


Further, we find that when the spending shocks reverse (through a relinquishing of chairmanship), most all of these behaviors reverse. Finally, we also find some evidence that firms scale back their employment, and experience a decline in sales growth. Our findings demonstrate that new considerations — quite apart from the standard interest rate and tax channels — may limit the stimulative capabilities of government spending.


L'économie stimulée prélève donc une taxe sur l'avenir pour adoucir le présent.

Ce résultat empirique est cohérent avec plusieurs autres recherches plus anciennes déjà citées ici, et notamment celle de J. Gwartney et al. pour l'OCDE** : les états dont les taux de dépense publique sont les moins élevés tendent à avoir des taux de croissance plus élevés, quand bien même d'autres facteurs peuvent amplifier ou au contraire contrarier cette tendance.

Enfin, je ne puis passer sous silence le récent papier de Rogoff et Reinhart, dont toute l'éconosphère a parlé, qui constate empririquement - sans l'expliquer - qu'à partir de 90% de dette publique, au moins un point de croissance est perdu.

Sur le continent Européen, les résultats les moins mauvais durant la crise ont été obtenus par la Pologne (bonne synthèse ici) et la Suisse (budget excédentaire, déflation de 1.4%, prélèvements obligatoires de 30% du PIB...). Deux pays qui ont refusé toute fuite en avant dans la relance, préférant se montrer ferme sur les dépenses pour compenser les déficits liés à la brutale chute des rentrées fiscales née de la crise.

L'on pourrait multiplier ad infinitum les exemples empiriques de mise en échec de l'école économique stimuliste.

Cesser d'étouffer l'économie privée, un impératif

Réduire significativement l'embonpoint de la dépense publique réduirait certes le pouvoir d'achat des employés publics, augmenterait certes, en cas de licenciements bruts de focntionnaires, le chômage parmi une population qui n'y est pas du tout intellectuellement préparée, ce qui n'est pas négligeable et obligera les gouvernements à gérer cette restructuration intelligemment. En ce sens, à très court terme, les keynesiens ont raison : l'effort d'adaptation à la nouvelle donne coûterait quelques dixièmes de points de PIB au départ.

Mais cela donnerait au secteur privé un formidable message d'encouragement à l'investissement :

"A partir de maintenant, l'état cessera de siphonner l'argent dont vous avez besoin pour grandir. L'état cessera de compromettre l'avenir en s'exposant à un défaut de paiement. L'état cessera d'augmenter son matraquage fiscal pour boucher les trous qu'il creusait jusqu'ici dans un grand élan citoyen, festif et solidaire".

Au contraire, le maintien de politiques de fuite en avant dans l'endettement ne fera que créer l'illusion de la croissance pendant quelques mois, provoquera quelques bulles (consommation, financières) insoutenables, et génératrices à terme d'une inflation mortelle pour les moteurs privés de création de richesse.

Le "redressement sans douleur" est une vue de l'esprit

Mais face à cette voie saine mais difficile de redressement, les politiciens voudraient qu'il existe une alternative sans douleur ni risque électoral. Le marché politique étant ce qu'il est, il y a donc des économistes vivant du conseil aux politiques qui se sont fait les chantres de la sortie de crise facile, sans drame social, dans la joie et la bonne humeur.

"Stimulez, relancez, il en restera toujours quelque chose !", semblent ils nous dire. Et lorsque la dette deviendra insoutenable ? "Un p'tit coup d'inflation, et hop, oubliée, la dette !".

La croyance - sincère ou feinte, vaste débat...- des "stimulistes" et des politiciens qui les écoutent est qu'il serait possible de se sortir du piège de la dette publique sans effort, qu'un petit coup d'inflation à 4-5% pendant 5 ans, avec un retour de la croissance - qui viendrait d'on ne sait où, mais passons... - réduirait suffisamment la dette, en termes relatifs, pour voir l'avenir en sifflotant, avec juste quelques réajustements en douceur des périmètres et modes d'action des états providence. C'est notamment la thèse défendue par Olivier Blanchard, déjà cité.

Evoquons le risque inflationniste que comporte ce raisonnement. Ni O. Blanchard, ni B.Bernanke, ni personne, ne dispose d'une manette permettant de régler avec certitude le niveau d'inflation. Quelle quantité de monnaie les banques centrales doivent elles imprimer sans contrepartie de valeur pour que l'inflation reparte, atteigne les 5% voulus, et surtout ne s'emballe pas dans une spirale de perte de contrôle où la valeur annuelle de l'inflation oscillerait de façon totalement imprévisible entre 8 et 20%, sans même parler d'hyper-inflation ?

Observons ce qui s'est passé aux USA : la politique de Quantitative Easing mise en oeuvre de la fin 2008 à maintenant n'a pas provoqué de hausse des prix à la consommation, et n'a pas empêché une chute du crédit privé. En revanche, elle a sans aucun doute contribué à l'incroyable remontée des marchés d'actions depuis le point bas de mars 2009. Lorsque la banque centrale créée de la monnaie artificielle, elle contrôle plus ou moins la quantité de monnaie créée, mais pas la destination de cette monnaie. Mais puisqu'un Q/E de cette ampleur ne produit pas, pour l'instant, l'inflation attendue par les Cassandre, combien de monnaie additionnelle faudra-t-il injecter dans les circuits financiers pour parvenir aux niveaux d'inflation souhaités ? Et dans ce cas, ne risque-t-on pas de rencontrer un point d'inflexion fatal transformant la création de bulles d'actifs en inflation généralisée et incontrôlable ?

Dans un cas pareil, tout calcul économique à long terme devient impossible : les banques ne peuvent plus prêter sans prendre d'énormes marges de sécurité, les politiques d'investissement des entreprises deviennent plus frileuses... Le risque devient alors que les états voient leurs assiettes fiscales s'effondrer, les forçant à accélérer les politiques de monétisation des dettes, et ainsi de suite.

Et qui peut sérieusement croire que 4 ou 5 ans d'inflation supérieure à la normale n'entraîneraient pas une relance des revendications salariales publiques (et privées également, d'ailleurs) ? Une politique de réduction des déficits serait alors bien plus difficile à vendre que dans un contexte de relative stabilité des prix...

Avant qu'une hyper-inflation ne se produise, nul doute que des événements plus ou moins brutaux ne viennent à changer l'inflexion des politiques de "relance par le surendettement". Les banques centrales devraient relever leurs taux à un moment ou un autre, peut être plus brutalement que d'habitude. Les divergences au sein de la zone Euro seront telles que certains gouvernements seront soumis à une pression populaire très forte pour en sortir. On voit mal les Allemands accepter un retour vers une monnaie "Weimar" sans réagir, encore qu'en la matière, des mauvaises surprises sont toujours possibles. Après tout, je croyais moi même que l'Allemagne réussirait à s'opposer à toute vélléité de monétisation des dettes européennes, et je me suis trompé.

Mais quand bien même l'inflation resterait sous contrôle grâce à la science infuse des banquiers centraux, que j'aurais alors sous estimée, il n'en restera pas moins que si on se réfère aux multiples observations empiriques du passé, le siphonnage de l'épargne opéré à la fois par l'endettement de l'état et par l'inflation réduira de façon considérable les capacités d'investissement des agents économiques privés, par effet d'éviction. Et sans croissance, pas de financement des déséquilibres démographiques et donc des retraites, pas de résorption du chômage, pas d'accroissement du niveau de vie, pas de moyens d'affronter les défis du futur...

Sortir de l'économie du stimulus permanent

Le redressement facile, décontracté et joyeux grâce aux stimuli budgétaires et au retour de l'inflation que nous vendent les éco-stimulistes est une vue de l'esprit, pour une seule raison : la crise a commencé quand nous avons accumulé des excès de dettes, publique comme privée, et ces excès devront être purgés d'une façon ou d'une autre. Tant que le bilan des entreprises, des ménages et des états n'aura pas été assaini, aucun redémarrage soutenable ne sera possible. L'économie dans laquelle nous avons vécu ces dernières années est celle du stimulus permanent. La croissance que nous avons ainsi achetée à crédit était factice, et il en ira de même avec celle qui viendrait des stimuli à venir si nous écoutions leurs hérauts. Toute dette finit par devoir être payée par quelqu'un, d'une bonne ou d'une mauvaise façon, et au delà d'un certain seuil, la douleur est inévitable.

Non, une réduction drastique des dépenses publiques ne cassera pas la croissance à long terme, même si elle fera un peu mal à court terme à quelques uns. Non, de nouveaux plans de relance ne feront aucun bien durable à l'économie. Oui, la rigueur pour le secteur public est le seul moyen de remettre en marche le seul vrai moteur de progrès à long terme de l'économie, celui de l'investissement privé productif. Faire croire aux gens qu'ils pourront surmonter cette crise comme si elle n'existait pas est une escroquerie démagogique qui risque d'être très lourde de conséquences.


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* Pour ma part, j'ai bien une autre explication d'ordre plus général, cf. cette récente note : toute intervention clientéliste de l'état dans l'économie porte en elle le germe de sa déstabilisation par rapport à une économie d'échanges libres et sans distorsion publique.



** Cette recherche a analysé les couples "dépenses publiques-croissance" de plus de 20 états sur 40 années, les dernières se terminant avant l'an 2000. Par conséquent, le résultat n'est pas biaisé par la décennie 1998-2008, où la bulle immobilière sans précédent a conduit à surestimer les chiffres du PIB et à sous estimer l'inflation réelle.

mardi 29 juin 2010

Flight to safety en cours

Les taux US 10 ans viennent de casser leur support, on observe un fort retour à la sécurité de la part des investisseurs qui se réfugient dans les obligations.












Sur le graphique ci-dessous du ratio US 10 ans / S&P, on note bien la force des obligations réputées comme sûres (US) par rapport au marché des actions.
Le croisement des moyennes mobiles 50 et 150 jours illustre la tendance moyen-long terme, en l'occurrence un croisement à la hausse synonyme de faiblesse des actions et de refuge dans des actifs sécuritaires (obligations).












De la même manière en Europe, les taux à 10 ans allemands sont en forte baisse, sécurité oblige....

















A l'inverse les pays surnommés les PIGS (Portugal, Irlande, Greee, Spain) en raison de leur importante dette et de leur mauvaise gestion voient leur taux s'emballer et ce malgré les plans européens mis en place début mai.
On peut se demander comment ces pays vont réussir à se financer sur les marchés encore longtemps avec des taux de plus en plus hauts. Plus de 10% pour la Grèce, défaut de paiement en vue...?

Grèce taux 10 ans:

















Portugal taux 10 ans:


















Tableau récapitulatif (Milliards d'€) des sommes que les pays européens  doivent emprunter sur les marchés cette année. Attention à l'espagne ce mois de juillet, 30 milliards à lever.



La dernière "joke" parait-il dans le petit monde des traders serait qu'après les PIGS ou les cochons en français, les prochains sur la liste seraient les FUK (France, UK). Je vous laisse traduire...;-)

Lionel

dimanche 2 mai 2010

Conséquences probables de la crise des dettes souveraines en zone Euro

La dernière note de Patrick Artus, chef économiste chez Natixis est intéressante, je reprends dans ce post les grandes lignes de son analyse, vous pourrez retrouver la version intégrale ici:

P.Artus considère qu’il faut s’attendre à un retour en récession de la zone euro malgré les aides internationales et la poursuite de la crise dans les pays où existe une crise de solvabilité. Selon lui il n’y aura cependant ni défaut de paiements, ni restructuration, ni sortie de l’Euro de certains pays, ni inflation en raison de la baisse des salaires.

Les aides internationales (prêts bilatéraux, FMI) ont du sens quand il s’agit d’une crise de liquidité (Grèce), pas dans le cas d’une crise de solvabilité. Elle aide donc peu les pays qui sont dans ce cas (Espagne, Portugal).

En conséquence, la crise forcera tous les pays de la zone euro à réduire leurs déficits publics plus vite que ce qu’ils avaient anticipé afin de limiter ou éviter l'extension de la crise.

Les marchés financiers s’inquiètent, à juste titre, de la taille des déficits publics et de la dynamique des dettes publiques en Grèce, au Portugal et en Espagne (graphiques 2a et 2b ci-dessous) compte tenu de l’arrêt de l’endettement (graphique 2 d ci-dessous) et de la chute de l’activité de construction (graphique 2 e ci-dessous).

Des lignes de prêts aux pays en difficulté des autres pays de la zone euro ou du FMI n’apportent une aide efficace que s’il s’agit d’une crise de liquidité.

Mais s’il s’agit d’une crise de solvabilité, prêter au pays ne résout rien. La solvabilité budgétaire du pays est atteinte par la faiblesse de sa croissance à moyen terme, qui ne permet pas qu’il réduise son taux d’endettement public.








Créer de l’inflation pour réduire la dette ?


On sait que l’inflation, si elle réduit les taux d’intérêt réels, réduit les taux d’endettement publics. Cependant, on ne peut pas espérer de retour de l’inflation domestique aujourd’hui avec une hausse du chômage (graphique 4 a ci-contre) ainsi qu'un freinage des salaires (graphique 4 b ci-contre), qui est par ailleurs déjà visible en Espagne, et débute dans d' autres pays.





Au contraire, on constate que l’inflation sous-jacente recule (graphique 5 a et 5b)


















En conclusion, il y aura incapacité à arrêter la
crise dans les pays où il s’agit d’une crise durable de solvabilité, en particulier l’Espagne. Dans ce pays, la croissance va être durablement très faible en raison de l’effondrement de l’activité de construction et des pertes d’emplois (graphique 12 ci-contre), d’où l’impossibilité de réduire les déficits publics et la hausse de la taille de la dette publique.


L.

lundi 22 mars 2010

Etat des lieux des faillites bancaires


Le blog économique CalculatedRisk fait ce week end un état des lieux des faillites bancaires aux Etats Unis depuis le début de la crise, il semblerait que l'on soit partie pour une année 2010 encore plus dure que 2009.
Vous retrouverez l'article complet ici http://www.calculatedriskblog.com/2010/03/bank-failure-update.html


On y découvre qu'en nombre cumulée de faillites par semaine, l'année 2010 a commencée sur les chapeaux de roues, encore plus fort qu'en 2009. Voyez la courbe rouge ci-dessous.

L.

vendredi 12 mars 2010

Warren Buffett : rendement de 20% par an depuis 1965

Un mot sur W.Buffett dont on discutait le rendement annuel hier soir, en fait on était bien en dessous...
L.

Rabreau, Marine JDF 05.03.2010

Un investissement de 10.000 dollars il y a 45 ans dans les affaires de Warren Buffett vaut à l’heure actuelle... 80 millions de dollars. Le sage de la finance a rappelé que les dirigeants doivent prendre la pleine responsabilité de leurs choix.
Il fait bon être actionnaires de Warren Buffett. Dans une lettre adressée aux 35.000 propriétaires de parts dans le holding Berkshire Hathaway, le célèbre homme d’affaires fait le bilan des 45 années écoulées. Verdict : +20,3% de plus-value annuelle.

C’est mieux que la performance du S&P 500, qui a cumulé 9,3% de gains depuis 1965. C’est surtout les autres grands fonds géants, qui font grise mine. Seuls Fidelity Magellan Fund, qui a «rapporté» 16,3%, et Templeton Growth Fund (+13,4%), ont l’audace de pouvoir se comparer.
Ainsi, un investisseur illuminé, qui a placé une petite liasse de 10.000 dollars de l’époque (soit 60.000 dollars actuels) dans l’aventure Buffett en 1964 sans y avoir touché, se retrouve aujourd’hui avec une bonne demi-douzaine de malles Louis Vuitton, contenant... 80 millions de dollars ! Le même investissement chez Fidelity ou Templeton, aurait rapporté respectivement 9,1 millions et 2,9 millions dollars. Et sur le S&P 500, le retour aurait été de 560.000 dollars.
Pour Jonathan Rahbar, cité par MarketWatch, «au delà de son charisme, Warren Buffett a su considérer ses actionnaires comme des propriétaires de ses activités, plutôt que comme des investisseurs, ce qui conforte son approche basée sur le très long terme». Selon lui, les autres fonds souffrent des changements de direction fréquents.

Assumer les responsabilités de ses prises de risques
Warren Buffett se place en deuxième position des plus grosses fortunes des Etats-Unis, avec 40 milliards de dollars, après Bill Gates (50 milliards). Une richesse qui reflète sa réussite dans les affaires.
Selon l’«oracle d’Omaha» - ville du Nebraska, où il est né - les directions des grandes entreprises devraient être jugées en fonction des résultats. Les propos de Warren Buffet prennent toute leur ampleur quand on se rappelle les pertes qu’il a dernièrement essuyé, à cause de «ses propres erreurs» dans ses choix d’acquisitions ou de cessions. En 2009, la performance de Berkshire a d’ailleurs été moins bonne que celle du S&P (+19,6% contre +26,5%).
«Les PDG et, dans de nombreux cas, les administrateurs ont longtemps bénéficié d’énormes carottes financières», ces «pratiques de rémunération ne sont pas la seule cause de la crise financière mais elles y ont contribué», souligne-t-il. Selon lui, si un patron dans la finance est incapable de porter « la responsabilité entière de la prise de risque», il ne lui reste qu’à «chercher du travail ailleurs».
Récemment, le PDG s’est délesté de Moody’s, s’est offert une participation dans Swiss Re, et a fait savoir qu’il s’était renforcé dans Sanofi-Aventis. A ses risques et périls.
Berkshire a fait état d’un bénéfice de 8 milliards de dollars, en hausse de 61 % en 2009.

mardi 9 mars 2010

La crise de l'immobilier américain n'est pas terminée



Article du Figaro du 9 Mars 2010


Si les prix des logements ont regagné 3 % au cours des sept derniers mois, les transactions sont reparties à la baisse depuis le début de l'année.

De notre envoyé spécial à Stockton (Californie)

L'immobilier chancelle de nouveau aux États-Unis. L'amélioration de l'activité constatée depuis le printemps 2009 s'estompe. Si cette tendance se confirme, il s'agit d'une inquiétante nouvelle pour la reprise économique. La récession brutale traversée par le monde l'an dernier est partie de ce secteur clé de l'activité américaine dont la bulle a éclaté au printemps 2006.

Depuis mai 2006, les prix moyens des propriétés aux États-Unis ont plongé de 30 %. Dans certaines régions, la chute a été deux fois plus marquée. Au cours des sept derniers mois, toutefois, un rebond a été observé : la valeur moyenne des maisons américaines a grimpé de 3 %, selon l'indice Case-Shiller.

Mais les signes de rechute se multiplient. En janvier, et pour le troisième mois consécutif, les ventes de maisons neuves ont baissé. Durant l'hiver, les États-Unis ont renoué avec les plus bas niveaux de transaction jamais observés. De leur côté, les ventes de maisons anciennes ont, contre toute attente, replongé en janvier au plus bas depuis sept mois. «En termes de prix… le rythme de la détérioration s'est stabilisé pour le moment. Pour autant, le redressement observé au cours de l'été 2009 n'a pas duré», résume David M. Blitzer, qui calcule cet indice pour l'agence Standard & Poor's.

L'amélioration de 2009 s'explique en grande partie par les interventions massives des autorités fédérales. Au pays du capitalisme, 90 % des crédits immobiliers américains se retrouvent garantis de fait par le Trésor. Ce dernier est en effet le propriétaire de facto de Fannie Mae et Freddie Mac, deux institutions financières spécialisées dans le rachat et la garantie de prêts bancaires au logement. Ces agences, nationalisées en septembre 2008, ont reçu une nouvelle mission explicite de l'Administration Obama : «Tout faire pour que les foyers qui ne peuvent payer leurs échéances de crédit immobilier puissent rester dans leur maison.»

L'oncle Sam a déjà dépensé 111 milliards de dollars pour renflouer les deux institutions. Ce n'est qu'un début. Fannie Mae demande 15,3 milliards de dollars de plus, après avoir annoncé ses dixièmes pertes trimestrielles consécutives la semaine dernière. Et la facture pourrait être bien plus lourde au final : discrètement, à la veille de Noël, le Trésor a indiqué que le plafond d'aides directes de l'État fédéral de 200 milliards fixé initialement pour Fannie et Freddie était levé.

Les classes aisées touchées

L'autre facteur de soutien à l'activité sur le point de disparaître est le crédit d'impôt d'un montant compris entre 6 500 à 8 000 dollars actuellement proposé aux acheteurs de logements. La fin de ces aides était initialement programmée à l'automne dernier. Par crainte d'un retournement trop brutal, ces incitations fiscales ont été prorogées jusque fin avril. Rien ne dit que l'Administration pourra continuer au-delà.

Sur le terrain, la réalité reste difficile pour les ménages. Le nombre de propriétés saisies par les banques auprès d'emprunteurs tombés en défaut continue de grimper. 2,8 millions de logements ont ainsi été repris l'an dernier. Cette année, le record sera battu. Le cabinet RealtyTrac anticipe 4,5 millions de saisies en 2010. Les optimistes soulignent la stabilisation à 9,5 % «du taux de retard de paiement» des crédits hypothécaires au quatrième trimestre. Cela n'empêche pas la hausse continue des défauts qui se terminent par des saisies. Le taux de défaut dépasse désormais 5 %. Tout aussi alarmant : la forte détérioration des retards de paiement des ménages appartenant pourtant à une catégorie jugée moins risquée. Le pire de la vague de défaut sur le créneau du subprime (foyers surendettés) est certes passé. Mais le défaut des classes plus aisées atteint des records et approche désormais 10 %.

Cette situation est tout aussi problématique pour les banques dont les bilans ne reflètent pas encore pleinement la montée des défauts de paiement des foyers américains pris au piège du chômage et de l'effondrement de leur patrimoine. «Dans l'ensemble, nous estimons que les banques américaines n'ont réalisé qu'un tiers de leurs pertes sur leurs prêts immobiliers résidentiels», estime Robert McNatt de l'agence Standard & Poor's. Les établissements financiers ont beau retarder le plus possible les saisies de logements, le chômage élevé et la multiplication des «défauts stratégiques» (voir lexique ci-contre) continuent de plomber leurs bilans.


Source:http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2010/03/03/04016-20100303ARTFIG00874-la-crise-de-l-immobilier-americain-n-est-pas-terminee-.php